Peu d’herbes divisent autant. La coriandre est adorée dans la moitié du monde et franchement détestée dans l’autre — et cette détestation n’est pas une question de goût mais de génétique.
Le fameux goût de savon
Entre 4 et 14 % de la population perçoit la coriandre comme savonneuse. Ce n’est ni un caprice ni un manque d’habitude : c’est une variante du gène OR6A2, qui code un récepteur olfactif particulièrement sensible aux aldéhydes.
Or les aldéhydes présents dans la coriandre sont chimiquement proches de ceux utilisés dans la fabrication des savons. Les personnes porteuses de cette variante ne perçoivent pas les autres arômes de la plante et ne détectent que celui-là.
La proportion varie fortement selon les origines géographiques : environ 3 % en Asie du Sud, contre 17 % en Europe de l’Est. Si la coriandre vous répugne, il n’y a donc rien à « travailler » — passez à la ciboulette ou au persil plat.
Feuilles et graines : deux ingrédients différents
C’est une confusion fréquente, alors qu’il s’agit de deux produits sans rapport gustatif.
Les feuilles sont fraîches, citronnées, presque poivrées. Elles ne supportent pas la cuisson et s’ajoutent hors du feu, au dernier moment.
Les graines, une fois séchées, développent des notes chaudes, boisées et légèrement orangées. Elles se torréfient à sec avant d’être moulues, et supportent très bien les cuissons longues.
Une recette qui demande de la « coriandre » sans préciser fait presque toujours référence aux feuilles en cuisine asiatique et latino-américaine, et aux graines en cuisine indienne ou nord-africaine.
Conserver les feuilles trois semaines
La coriandre fanée en trois jours dans le bac à légumes est un classique. Deux méthodes évitent cela.
En bouquet dans l’eau. Coupez un centimètre des tiges, placez le bouquet dans un verre avec 3 cm d’eau, couvrez d’un sac plastique et mettez au réfrigérateur. Changez l’eau tous les deux jours. Comptez deux à trois semaines.
Dans un torchon humide. Enroulez les tiges dans un linge légèrement humide, glissez le tout dans une boîte hermétique. Une bonne semaine.
Pour le long terme, la congélation fonctionne mieux que le séchage — la coriandre séchée perd presque tout son arôme. Ciselez-la, tassez-la dans un bac à glaçons avec un filet d’huile d’olive, et congelez. Vous démoulerez un cube directement dans une poêle ou une soupe.
Où l’utiliser
Les feuilles s’accordent avec le citron vert, le piment, le gingembre et l’ail. On les retrouve dans :
- Le guacamole et les salsas mexicaines
- Les soupes vietnamiennes et thaïes, jetées dans le bol au service
- Les currys indiens, en finition
- Le taboulé libanais, en complément du persil
- Les poke bowls, notamment dans les versions saumon-mangue
Ne jetez pas les tiges : elles sont plus parfumées que les feuilles et supportent la cuisson. Hachez-les finement et faites-les revenir en début de recette.
Les racines, difficiles à trouver en France, sont un ingrédient central de la cuisine thaïe, pilées avec l’ail et le poivre.
La faire pousser
La coriandre monte en graine très vite dès qu’il fait chaud — c’est sa principale difficulté. Semez-la au printemps ou en fin d’été, jamais en plein juillet, dans un sol frais et à mi-ombre.
Semez en petites quantités toutes les trois semaines plutôt qu’une grande fois : vous aurez des feuilles en continu au lieu d’une récolte suivie de rien.
En pot sur un rebord de fenêtre, elle réussit correctement à condition de ne jamais laisser le terreau sécher complètement.
Propriétés et précautions
La coriandre est riche en vitamine K et en antioxydants, et contient du linalol, aux propriétés digestives reconnues — c’est pourquoi on la retrouve dans les infusions après repas dans plusieurs cultures.
Aux doses culinaires, elle ne pose aucun problème. Les huiles essentielles de coriandre, en revanche, sont beaucoup plus concentrées et déconseillées aux femmes enceintes et allaitantes.
Par quoi la remplacer
Si une recette en demande et que personne à table ne la supporte :
- Persil plat — le plus proche visuellement, plus neutre en goût
- Cerfeuil — plus doux, légèrement anisé
- Basilic thaï — pour les plats asiatiques
- Un trait de jus de citron vert — ne remplace pas l’herbe, mais restitue une partie de la fraîcheur attendue
Pour le reste des équilibres d’assaisonnement, notre guide des épices en cuisine détaille les associations qui fonctionnent.